L’accord sur la santé 2014
Une renégociation de l’Accord sur la santé du Canada signifie que les Canadiens doivent être sur leurs gardes
Par Maude Barlow
À la dernière élection, les Libéraux se sont mis les pieds dans les plats en attribuant à tort une déclaration discréditant les soins de santé publics au Premier ministre Stephen Harper.
Les Conservateurs ont réagi avec indignation, puis évité toute question concernant la position de Harper sur le système de soins de santé. Mais Stephen Harper s’oppose depuis longtemps aux soins de santé publics, et son appui aux soins de santé privés est bien documenté.
Il ne faut pas oublier que Harper a déjà été à la tête de la Coalition nationale des citoyens, fondée en 1967 par Colin M. Brown, un riche vendeur d’assurance maladie, afin de lutter contre le régime d’assurance-maladie. La CNC a déjà prédit que les soins de santé publics tueraient les Canadiens. Sous le gouvernement Harper, les services de soins de santé privés ont prospéré dans plusieurs provinces, même si le gouvernement est tenu en vertu de la Loi sur la santé de ne pas financer de telles activités.
C’est donc avec appréhension que les Canadiens voient 2014 approcher, car ce sera la fin de l’Accord sur la santé d’une durée de 10 ans. Cet accord, signé en 2004 par le gouvernement fédéral et les provinces, nécessite une nouvelle ronde de négociations concernant les paiements de transfert fédéraux pour les soins de santé.
L’accord de 2004 comprenait une somme supplémentaire de 41,2 milliards $ consacrée au financement des soins de santé, afin d’aborder les questions du temps d’attente, de l’expansion des soins à domicile et du coût élevé des médicaments, ainsi qu’une hausse annuelle de six pour cent des paiements de transfert pour la santé aux provinces.
Cependant, lorsque l’accord se terminera, cette hausse annuelle ne sera plus garantie. Plusieurs s’inquiètent que le gouvernement Harper profitera du moment pour modifier la nature de la prestation des soins de santé au Canada, en conférant plus de pouvoir aux provinces, tout en trouvant des moyens de se décharger de sa responsabilité fiscale.
Greg Marchildon, professeur à l’Université de Regina et ex-directeur exécutif de la Commission Romanow sur les soins de santé, croit que le moment est opportun pour promouvoir la privatisation des soins de santé : un gouvernement fédéral non engagé idéologiquement envers les services publics, confronté à une dette et un déficit, et qui cherche à se détacher des soins de santé, le tout jumelé aux prochaines élections provinciales susceptibles de produire d’autres gouvernements de droite déterminés à assumer une plus grande autorité sur les soins de santé.
Dans le Globe and Mail, André Picard nous prévient que plutôt qu’une entente à long terme avec les 13 provinces et territoires, on doit s’attendre à une courte prolongation (deux ans) de l’accord actuel, suivie non pas d’une entente omnibus, mais bien d’une série d’ententes bilatérales avec chacun. Il fait remarquer que malgré tout ce qu’il dit concernant les prochaines négociations de l’accord sur la santé, Stephen Harper n’a jamais promis qu’une réunion avec les premiers ministres aurait lieu, ni qu’un accord unique serait conclu avec toutes les provinces et tous les territoires.
Il est donc essentiel que nos mouvements pour la justice sociale commencent dès maintenant à se préparer en vue de la lutte à venir, et que nous soumettions nos requêtes clés pour une entente omnibus unique, ainsi que les éléments qu’elle devrait inclure. Les négociations de 2014 doivent servir à renforcer notre système financé par le public, un système qui s’est avéré à la fois efficient et équitable, et nous devrions exiger une « Loi sur la santé Plus », qui comprendrait les soins à domicile et aux personnes âgées, la santé des autochtones et un régime d’assurance-médicaments.
Le coût exorbitant des médicaments d’ordonnance constitue la raison principale de la hausse du coût des soins de santé au Canada. L’accord de 2004 devait contenir un programme visant à offrir une assurance-médicaments aux Canadiens, mais cela ne s’est jamais matérialisé. Un système national d’assurance-médicaments permettrait au gouvernement fédéral d’économiser plus de 10 milliards $ en achetant des médicaments d’ordonnance en gros dans tout le pays à prix réduit.
Une autre lacune à combler est l’absence de financement des soins à domicile et aux personnes âgées. Un vrai programme national offrirait d’autres options à la fois moins coûteuses et plus humaines que l’hospitalisation pour les aînés.
Et sans un accord complet entre le fédéral, les provinces et les territoires, y aura-t-il du financement pour les Premières nations ? Les soins de santé offerts aux communautés autochtones du Canada sont toujours inférieurs aux normes. L’accord de 2014 doit réparer cette injustice.
Les Canadiens chérissent notre système de soins de santé publics. Maintenant que le gouvernement Harper est majoritaire, nous devons le protéger, de crainte qu’il ne soit détruit furtivement lors de négociations complexes, et perdu dans une myriade de trahisons.
Cet article a été publié à l’origine dans HuffPost Canada. Maude Barlow est présidente nationale du Conseil des Canadiens.
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