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Anniversaire du Rapport Romanow - Article voisin de la page éditoriale

November 28, 2003

De Maude Barlow

Il y a déjà un an aujourd’hui que le Rapport tant attendu de la Commission Romanow était publié sous la clameur des médias. L’histoire a fait la une pendant des jours, et les Canadiens étaient favorables aux recommandations du rapport, faisant preuve de ce que les sondeurs appelaient un « consensus national profond ». Le rapport a dominé le Sommet des premiers ministres tenu en février dernier à Ottawa et formait le cœur du nouveau « pacte » sur la santé annoncé à la conférence de presse marquant la fin du sommet. Les ministres de la santé du gouvernement fédéral et des provinces saluèrent le rapport comme une grande réussite et promirent d’appliquer nombre de ses recommandations clés, y compris un renouvellement du financement fédéral. Puis les caméras ont cessé de tourner, les ministres de la Santé sont rentrés à la maison et la plupart des Canadiens se sont dit qu’enfin, on allait faire quelque chose pour redresser les soins de santé chez nous.

Un an plus tard, les Canadiens se demandent ce qui s’est passé. Suite à ce qu’un grand nombre de Canadiens considéraient comme un exercice merveilleux de participation démocratique, une poignée des demandes qu’ils ont présentées à leurs gouvernements par l’entremise du Rapport Romanow ont été mises en oeuvre. Dans certaines parties du pays, les plans ont changé. Voyons ce que le rapport voulait et ce que nos gouvernements ont fait avec ces recommandations depuis un an.

Roy Romanow soutenait dans son rapport que les soins de santé sont un droit fondamental des citoyens et il demandait le renouvellement de l’engagement envers un système public et universel de soins de santé au 21e siècle. Il réclamait l’élargissement des soins à domicile et des soins de première ligne. Il demandait aux politiciens de juguler l’inflation des prix des médicaments. Il demandait l’exemption entière des soins de santé dans les accords commerciaux. Il réclamait l’injection de beaucoup de crédits fédéraux. Et il demandait la formation d’un Conseil national de la santé qui étudierait les meilleures pratiques et focaliserait son attention sur la responsabilité et la transparence dans la prestation de soins de santé de qualité pour tous les Canadiens.

Et peut-être le plus important, il disait que les soins de santé ne sont pas des produits et que des services à but lucratif nuiraient aux Canadiens. « Ce serait pervertir les valeurs canadiennes que d’accepter un système où l’argent – plutôt que le besoin – détermine qui a accès aux soins de santé. » Les soins de santé, comme le rapport l’exprimait catégoriquement, sont une entreprise morale et non commerciale.

Un an plus tard, les provinces ont reçu très peu des fonds promis, quoique les dernières déclarations d’intention du premier ministre Jean Chrétien et de son successeur Paul Martin sont encourageantes. Il est évident que le manque de crédits fédéraux a empêché la mise en œuvre du but promis dans l’Accord, soit de trouver de nouveaux fonds pour les soins primaires et les soins à domicile ; et ces recommandations sont de toute façon « à la discrétion des provinces » et peu susceptibles d’être suivies par au moins quelques provinces, même si le financement fédéral est libéré. » Le Conseil national de la santé, dont le mandat est beaucoup moins large que l’envisageait Roy Romanow, n’a pas été établi, mais on peut voir des signes encourageants d’amélioration de la coopération fédérale-provinciale à cet égard également. Le coût des médicaments sur ordonnance, s’il est moins élevé qu’aux États Unis, continue d’être excessif pour beaucoup de Canadiens. Et le Canada est encore en train de négocier une entente couvrant tous les services à l’Organisation mondiale du commerce et dans la Zone de libre échange des Amériques, qui n’ont pas encore exempté les soins de santé.

Et le gouvernement fédéral n’a absolument rien fait pour enrayer la prolifération des services à but lucratif en Colombie Britannique et en Alberta, dont les gouvernements ne tiennent aucun compte des désirs de leurs citoyens d’avoir un système sans but lucratif. Si les citoyens de l’Ontario ont probablement réglé le problème des services à but de plus en plus lucratif qui florissaient sous le gouvernement Eves, le nouveau premier ministre du Québec songe à ouvrir les portes du système de soins de santé de sa province au secteur privé. Cela augure très mal pour l’avenir du régime d’assurance-maladie.

Les dépenses privées en matière de soins de santé au Canada ont augmenté d’environ 100 % au cours de la dernière décennie. Les cliniques privées occupent maintenant environ 10 % du marché des examens IRM – une augmentation énorme en quatre ans depuis leur apparition. Il existe 250 grandes sociétés à but lucratif de services de santé, plus de 600 organisations privées de soins à domicile et 140 compagnies privées d’assurance-santé, dont un grand nombre sont des compagnies transnationales installées aux États-Unis qui sont maintenant présentes au Canada.

Ces services à but lucratif posent une grave menace au système public de soins de santé du Canada. Conformément aux dispositions de l’ALENA, les exemptions pour les services publics comme les soins de santé s’appliquent seulement si le service est livré entièrement sur une base sans but lucratif. Nous jouons maintenant avec le feu en permettant la commercialisation progressive de notre système de soins de santé quand il y a de gros hôpitaux et de grandes organisations de soins de santé intégrés qui guettent au sud de la frontière. Il existe déjà au Canada des cercles élites de réflexion, des chefs d’entreprise et des politiciens de droite qui considèrent l’assurance santé comme un anachronisme incompatible avec les règles de l’économie mondiale.

Ce n’est pas ce que les gens du Canada pensent. Nous le savons à cause de ce qu’ils ont dit à la Commission Romanow. Mais un an après la publication du rapport, nous sommes plus prêts de détruire le système public de soins de santé au Canada que de le préserver, et cela doit empêcher M. Romanow de dormir la nuit.

Maude Barlow est la Présidente nationale du Conseil des Canadiens et l’auteure de « Profit is Not the Cure-A Citizens’ Guide to Saving Medicare »

       
 

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