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Perspectives canadiennes printemps 2004

Une victoire pour la rivière Tay

De Sara Ehrhardt

En janvier 2004, le nouveau gouvernement provincial de l’Ontario a annulé le permis d’utilisation d’eau que le gouvernement de Mike Harris avait accordé à OMYA (Canada) inc. et qui faisait l’objet d’une controverse. Ce permis aurait autorisé la compagnie transnationale basée en Suisse à prélever de la rivière Tay environ 4500 mètres cubes d’eau par jour.

À la place, le gouvernement a émis un nouveau permis qui restreignait à moins de 1500 mètres cubes, le volume d’eau pouvant être prélevé par OMYA quotidiennement. Bien que nous ignorons pour le moment si OMYA a l’intention d’en appeler de cette décision, l’annonce du gouvernement a été accueillie avec joie par les citoyens de Perth (la communauté traversée par la rivière Tay), ainsi que les milliers de Canadiens préoccupés par la question.

Selon le Fonds de défense juridique de la rivière Tay, « Ce précédent opposant David et Goliath démontre ce qui peut être accompli avec de la collaboration et de la persévérance. L’Association canadienne du droit de l’environnement a procuré des services juridiques abordables et le Conseil des Canadiens, son encouragement et un soutien indéfectible pendant quatre ans. » Ces quatre dernières années sont gratifiantes.

En 2000, la société OMYA se voyait accorder un permis par le gouvernement ontarien l’autorisant à puiser 1,6 milliards de litres d’eau annuellement dans la rivière Tay. La société OMYA exploite un gisement de carbonate de calcium d’une carrière située à Lanark Highlands, et transporte le minerai par camion à l’usine près de Perth. Là, le minerai est mêlé à l’eau de la rivière afin de former une boue destinée à la fabrication de papier et de peinture.

En 2002, le Tribunal de l’environnement de l’Ontario admettait un appel interjeté par le Conseil des Canadiens et plusieurs résidents locaux pour annuler une décision prise par le ministère de l’Environnement de l’Ontario. L’appel a eu raison du permis de 1,6 milliards de litres.

En dépit du fait que la décision du Tribunal n’a pas ralenti les activités actuelles d’OMYA, elle a protégé des emplois locaux et permis à la compagnie d’établir de meilleures relations avec la communauté locale. Mais OMYA a décidé d’en appeler de la décision de la Cour divisionnaire (Ontario), puis de se tourner vers le ministre de l’Environnement, Chris Stockwell. Avec OMYA qui menaçait de faire fuir les investisseurs étrangers de l’Ontario à moins qu’elle n’obtienne tout le volume d’eau qu’elle réclamait, le ministre a décidé de renverser la décision du Tribunal. Le ministre a agi en dépit des plaidoyers de son propre ministère qui l’exhortait à attendre que le litige ait obtenu une audience pleine et juste en cour.

La bataille de la rivière Tay n’est pas un cas isolé. À travers le Canada, les sociétés font la queue pour pomper, amener l’eau par canalisation, privatiser, embouteiller, transférer, détourner, filtrer et exploiter nos eaux à leur profit. Heureusement, les citoyens de partout dans le pays prennent des mesures pour défendre le droit des personnes et de la nature à l’eau. Nombre de ces « guerriers de l’eau » reconnaissent d’emblée que leur lutte locale est rattachée au mouvement mondial.

Dans le cas de la rivière Tay, les activistes de Perth ont communiqué avec des activistes américains du Vermont qui se battent avec OMYA. Le groupe “Vermonters for a Clean Environment," qui suit à la trace les activités de la société OMYA, ont tenu leur première conférence internationale l’an dernier, afin de réunir tous les citoyens du monde qui luttent contre OMYA.

Les citoyens de Hamilton ont subi pendant dix ans la mauvaise gestion de l’eau et des services des eaux usées par quatre sociétés dont Azurix d’Enron et RWE Thames. La population de Hamilton est encore préoccupée par la question et continue de confronter ses conseillers municipaux que le sujet laisse apparemment indifférents.

Les luttes locales contre les embouteilleurs d’eau, les « expropriateurs » d’eau industriels, ainsi que les partenariats secteur public-privé découlent toutes d’une question en fait nationale et même internationale : gérer la plus précieuse ressource de cette planète. Tous les jours, des Canadiens travaillent avec des gens de partout sur la Terre pour s’assurer que l’eau demeure un bien public, protégé et inestimable.

Sara Ehrhardt est chargée de campagne nationale sur l’eau du Conseil des Canadiens.

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mis à jour November 10, 2006
 
 
 

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