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Perspectives canadiennes printemps 2004

Les exploitations familiales agricoles auront-elles les pieds et les poings liés ?

De Cathy Holtslander

La crise de la maladie de la vache folle dans l’industrie bovine a attiré comme jamais notre attention vers notre système de production de viande. Les images vieilles de dix ans de vaches chancelantes et tremblantes, qui finissaient par tomber sans pouvoir se relever en Angleterre, nous hantent toujours.

À la base de la crise de la « maladie de la vache folle », il y a l’impératif du système alimentaire industriel : maximaliser la production en réduisant les coûts. C’est pourquoi on nourrit les animaux avec des sous-produits d’animaux de la même espèce.

De nos jours, une grande partie de la viande vendue au supermarché provient d’élevages de poulet, d’élevages géants de bovin, de fermes piscicoles et de mégaporcheries. Et bien que le risque de développer la forme humaine de l’encéphalopathie spongiforme bovine reste faible, les personnes dont la vie a été bouleversée par cette maladie tragique et entièrement prévisible ont souffert beaucoup plus qu’on ne peut l’imaginer.

Les politiques pro-agriculture industrielle du Canada encouragent l’exportation de la viande et du bétail. L’industrie des viandes du Canada est déjà étroitement liée à l’industrie des viandes américaine. Notre réglementation et nos modes de production sont synchronisés avec les leurs. Par conséquent, le Canada ne peut exporter de viande en Europe où les normes environnementales et de bien-être des animaux sont plus élevées. Si le gouvernement canadien décidait de hisser sa réglementation au niveau de celle de l’Europe, les États-Unis pourraient croire que nous établissons une barrière commerciale non tarifaire et nous relanceraient avec un ALENA potentiellement coûteux.

Le mode d’agriculture industrielle du Canada est conçu pour produire et livrer une viande à bas prix aux sociétés de l’agro-industrie intégrées du Canada et des États-Unis. En fait, le prix de vente d’un porc se situe à 20 $ ou moins par tête en raison de l’excédent de production des exploitations industrielles. Ce système pénalise les exploitations familiales agricoles qui perdent l’accès au marché, les résidents ruraux qui font face à la pollution de l’air et de l’eau par les fermes industrielles, les consommateurs et contribuables dont les gouvernements provincial et fédéral appuient l’agriculture industrielle, et, en fin de compte, l’environnement et les générations à venir.

Les communautés rurales et urbaines se réunissent pour lutter contre l’agriculture industrielle en formant la Coalition « Au-delà de l’agriculture industrielle ». Le Conseil des Canadiens est un membre clé de cette coalition.

En Ontario, le gouvernement s’est fait demander de décréter un moratoire sur la mise sur pied ou l’expansion de l’élevage de porc. Le Manitoba, la Saskatchewan et le Nouveau-Brunswick sont d’autres secteurs clé où les activistes de l’agriculture industrielle s’organisent pour mettre un frein à l’agriculture industrielle.

Les citoyens du Québec ont déjà obtenu la prolongation du moratoire, alors que le gouvernement libéral de cette province tente d’établir un cadre de travail visant à développer l’élevage de porc durable où l’agriculteur familial, la santé et l’environnement sont au premier plan. Au plan fédéral, nous avons besoin d’une politique pour une agriculture durable et non une politique de viande au rabais qui se décharge de ses responsabilités financières en matière d’environnement, de société et d’économie sur le reste de la population dans le but de remplir les poches du secteur de l’industrie agricole.

Pour connaître les endroits où vous pouvez acheter de la viande d’élevage non industrialisé, et pour savoir comment sensibiliser votre communauté à cette question ou pour vous joindre à la Coalition « Au-delà de l’agriculture industrielle », visitez le site web www.beyondfactoryfarming.org.

Deux publications récentes fournissent également une excellente analyse et donnent un juste aperçu de l’agriculture industrielle.

  • Beyond Factory Farming: Corporate Hog Barns and the Threat to Public Health, the Environment, and Rural Communities, publié par le Centre canadien de politiques alternatives, prix : 19,95 $, frais de livraison et de manutention en sus. Veuillez téléphoner au (306) 978-5308.
  • Plaidoyer pour une agriculture paysanne : Pour la santé du monde, publié aux éditions Écosociété, prix : 19 $. Veuillez écrire à l’adresse courriel suivante : téléphoner au (514) 521-0913.

Cathy Holtslander est responsable de la coalition Au-delà de l’agriculture industrielle pour Le Conseil des Canadiens.

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mis à jour November 10, 2006
 
 
 

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