Perspectives canadiennes printemps 2004
Paul Martin : l’homme du président
De Laura Sewell et Guy Caron
À l’issue de la rencontre du 15 janvier entre le Premier ministre Paul Martin et le Président américain George W. Bush lors de la tenue du Sommet des Amériques à Mexico, les Canadiens se demandent peut-être quels sont les véritables gains qui résultent de cette première rencontre entre ces deux chefs d’État.
Le Premier ministre Martin s’est rendu à Monterrey avec l’objectif de favoriser un rapprochement entre le Canada et les États-Unis. Il est allé à Monterrey avec l’idée de n’accepter que quelques concessions mineures de la part des Américains. Mais à son retour à Ottawa, les Canadiens se demandaient ce qui a avait été négocié à huis clos.
Une des annonces importantes découlant de cette réunion entre Martin et Bush fut que les entreprises canadiennes pourront soumissionner lors de la deuxième ronde de négociation de contrats de reconstruction en Iraq. Bien qu’elle fut présentée par les Américains comme une marque de politesse envers le Canada, et largement décrite dans les médias comme une concession majeure, cette offre s’étendait déjà à l’Allemagne, à la France et à d’autres pays qui s’opposaient à cette guerre contre l’Irak.
Cet accord n’est cependant pas le résultat du face à face tant attendu entre les deux dirigeants; il existait déjà. Quelques heures à peine après la rencontre de Martin et de Bush, la société canadienne de télécommunications Nortel a annoncé qu’elle décrochait un contrat de reconstruction en Iraq et une société de Toronto indiquait avoir reçu un contrat pour la reconstruction de l’aéroport de Bagdad.
Enfin, on apprenait aussi que Washington informerait désormais le gouvernement canadien lorsqu’un citoyen canadien soupçonné de participer à des activités de terrorisme serait détenu aux État-Unis, contrairement à ce qui fut le cas avec l’affaire Maher Arar. Bien que cette annonce fut accueillie favorablement par les médias internationaux, le fait demeure que le président n’a consenti rien d’autre qu’un droit fondamental qui existait déjà en droit international.
Steven Watt, l’avocat d’Arar, a qualifié cet accord de «poudre aux yeux» et a affirmé qu’il avait eu droit aux visites et de consulter un avocat, mais que cela n’a pas empêché sa déportation vers la Syrie. La vérité, c’est que le président Bush n’avait aucune à présenter pour avoir envoyer un citoyen canadien se faire torturer en Syrie.
La Déclaration de Nuevo Leon, principale déclaration émergeant de ce sommet, est passée inaperçue dans tout ce battage autour de ces prétendues victoires. Cette déclaration, signée par le premier ministre et les 33 autres chefs d’État présents, signale l’appuie en faveur de la poursuite des négociations visant la conclusion d’un traité de libre-échange intracontinental. Comme messieurs Martin et Bush doivent se rencontrer environ 60 jours après la conclusion du Sommet des Amériques, les Canadiens doivent se demander ce que Martin a cédé aux États-Unis pour obtenir ces prétendues concessions. Quelles autres concessions Martin se prépare-t-il à offrir pour poursuivre son objectif de rapprochement avec les États-Unis ?
Laura Sewell est responsable des médias et Guy Caron, Chargé de campagnes pour le Conseil des Canadiens. Guy Caron était à Monterrey dans le cadre de la réunion du Sommet des Amériques.
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