Perspectives canadiennes automne 2004
Coca-Kerala : le vrai de vrai débarque dans l’état Indien du Kerala
De Karl Flecker
Ram Das est un organisateur local de Plachimada, un petit village situé dans l’État de Kerala, au sud de l’Inde. Un groupe d’invités nationaux et internationaux, dont Maude Barlow, le docteur Vandana Shiva, José Bové et Ward Morehouse, se sont rendus chez lui pour démontrer leur solidarité avec sa communauté dans sa lutte contre l’installation d’une usine d’embouteillage de Coca-Cola.
En 2000, la société Hindustan Coca-Cola a commencé à prélever massivement de l’eau souterraine pour alimenter son usine d’embouteillage. Coca-Cola a présenté des offres et des promesses mirobolantes lorsque ses représentants sont arrivés à Plachimada pour la première fois : perspectives d’emplois, développement local et croissance économique. Ram Das nous a affirmé que les villageois avaient attendu, mais que les promesses ne s’étaient jamais concrétisées. La majorité des emplois ont plutôt été accordés à des travailleurs provenant de l’extérieur du village. Les niveaux d’eau des puits ont baissé rapidement et la qualité de l’eau – son odeur, son goût – extraite de ces puits s’est détériorée au point de devenir non potable. Ram nous a raconté que les villageois devaient marcher 3 kilomètres pour se procurer de l’eau potable de qualité. Ceux qui ont continué à boire l’eau du village ont été atteints de diverses maladies rares. Les paysans dont les terres se trouvaient à proximité de l’usine ont dû interrompre leurs cultures à cause de pénuries d’eau, et bon nombre ont dû migrer vers des terres lointaines ou abandonner leur ferme et se trouver un autre emploi. Des rapports gouvernementaux récents révèlent que des centaines de paysans se sont suicidés parce qu’ils étaient incapables de rembourser leurs dettes, conséquence tragique du manque d’eau et de la pollution causée par les sédiments. Ram nous a brossé un sombre portrait de la situation qui prévalait dans son village : « Boire du Coke, c’est boire le sang de mon village ».
Les antécédents de Coca-Cola en matière de droits de l’homme et de droits des travailleurs ne sont pas très reluisants, et pas seulement en Inde.
En 2000, les employés du siège social d’Atlanta ont intenté une poursuite contre Coca-Cola, accusant la société de tendances et de pratiques de discrimination raciale envers des employés afro-américains. Dans cette poursuite, les employés de Coke ont rassemblé des preuves statistiques et empiriques afin de soutenir leur poursuite en discrimination. Parmi les preuves présentées au tribunal, notons que le salaire médian des Afro-américains à l’emploi du siège social de Coke représente environ le tiers du salaire des blancs travaillant au même endroit. Après une longue bataille juridique, Coca-Cola a accepté de verser 192,5 millions de dollars pour mettre un terme à la poursuite intentée par les employés noirs.
En Colombie, la National Food and Beverage Workers Union accuse Coca-Cola de collaborer avec les groupes paramilitaires de droite pour réprimer les activités syndicales dans leurs usines d’embouteillage. En 1996, ces paramilitaires ont pénétré dans une usine d’embouteillage qui est une filiale de Coca-Cola, ont assassiné le chef syndical Isidoro Segundo Gil et ont forcé les employés à signer des formulaires de retrait du syndicat sous menaces de mort. Dans une autre usine située à Bucaramanag, les chefs syndicaux ont été faussement accusés par le responsable de la sécurité de l’usine d’avoir dissimulé des bombes dans l’usine et ils ont été emprisonnés pendant six mois. Cet acte de harcèlement survenait à la suite d’une grève de 120 heures, qu’avaient menée les employés pour protester contre l’abolition de leur régime d’assurance-médicaments.
La mauvaise réputation de Coca-Cola en matière de droits de l’homme et de relations de travail n’est pas surprenante parce que la multinationale cherche à s’accaparer par tous les moyens d’une grande part du marché de l’eau embouteillée avec la vente d’eau de robinet retransformée vendue sous la marque de Dasani ainsi qu’avec la distribution des produits d’eau embouteillée Evian et Danone.
Il importe donc de rappeler que les mouvements ouvriers ont intenté des poursuites contre Coca-Cola pour des actes d’intimidation systématique, d’enlèvement, de détention et d’assassinat de syndicalistes et que des villageois en Inde ont protesté contre les prélèvements d’eau de la multinationale par une occupation devant les portes de l’usine du Kerala pendant deux ans.
Enfin, de plus en plus de consommateurs, de travailleurs et d’étudiants se rendent compte que Coke n’est pas le Vrai de vrai.
Karl Flecker est coordonnateur de l’enseignement pour l’Institut Polaris.
Consultez le site www.polarisinsititute.org pour obtenir le profil corporatif détaillé de Coca-Cola et surveiller le rapport sur les escroqueries dans l’industrie de l’eau (Operation Water Scam) à paraître plus tard au cours de l’année.
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