OTTAWA (ONTARIO) - Le gouvernement fédéral a raté une occasion en or de réformer le système canadien des soins de santé pour les générations à venir… et les conséquences seront sévères, selon le Conseil des Canadiens.
" Jean Chrétien nous laisse un bien piètre héritage : celui de paver la voie à des soins de santé à deux vitesses ", affirme Maude Barlow, présidente nationale du Conseil des Canadiens. " Le premier ministre est incapable de voir les soins de santé autrement qu'en simple question de finances ce qui ouvre la porte à ceux qui ont un agenda de libre-marché pour les services de soins de santé ".
Une analyse de l'entente, conclue hier soir, démontre qu'elle ne ressemble en rien à ce que Roy Romanow a recommandé dans son rapport : les fonds sont insuffisants pour faire face aux besoins, aucune condition n'est rattachée à l'usage de ces sommes pour des nouveaux programmes qui auraient dû se retrouver sous le régime d'assurance-santé et aucune mention n'est faite de l'obligation pour ces sommes d'être dirigées vers les services sans but lucratif. Le Conseil des Canadiens dénonce cette entente qui permettra aux provinces d'accroître davantage la privatisation du système.
" Nous apprécions les nouveaux fonds injectés pour l'élargissement du système, mais si une grande partie de ces fonds sont destinés aux soins de santé privés, cela minera davantage le système en y ajoutant des profits qui draineront le financement ", poursuit Barlow. " Tout nouveau programme devrait être régi par la Loi canadienne sur la santé. En refusant de discuter de profits ou de privatisation dans cette entente, nos dirigeants politiques prétendent que ce n'est pas une question importante. Les Canadiens savent que c'est la question la plus critique ".
Roy Romanow avait recommandé une infusion de 15 milliards $ sur trois ans, en route vers un objectif de 25% des dépenses nationales d'ici 2006. Non seulement l'entente est à court de ce minimum, une partie importante des 17,3 milliards $ promis sur trois ans semble venir de sommes déjà promises ainsi que du rehaussement déjà prévu du plancher du Transfert canadien en matière de santé et de services sociaux.
La création d'un Fonds de réforme de la santé de 16 milliards $ pour les soins à domicile, les soins de santé primaires et la couverture des médicaments sur ordonnance dont le coût est exhorbitant semble prometteur, mais aucune condition n'est rattachée à ces fonds ce qui ouvre la voie à un détournement de ces fonds publics vers des services privés, particulièrement les fournisseurs privés de soins à domicile et les grandes compagnies pharmaceutiques.
La création d'un Transfert canadien en matière de santé avait été recommandée par Romanow. Toutefois, son efficacité comme chien de garde dépendra de ses membres et le fait que Don Mazankowski, dont le rapport recommandait une privatisation massive du système de soins de santé albertain, ait été considéré pour présider ce conseil, montre qu'on ne peut totalement s'y fier pour assurer la survie du système public.
La conclusion de la Réunion des premiers ministres sera un sujet chaudement débattu à la Conférence nationale sur les soins de santé organisée cette fin de semaine par le Conseil des Canadiens et quelques autres organismes. Environ 300 participants sont attendus au Centre des congrès d'Ottawa de vendredi à dimanche afin de discuter de l'avenir des soins de santé publics au Canada.
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