OTTAWA (ONTARIO) - La proposition du Conseil canadien des chefs d'entreprises demandant l'élimination de la frontière canado-américaine, une approche commune en matière d'immigration, de commerce et de défense et une union douanière avec les États-Unis n'est rien de moins que l'exploitation éhontée de la tragédie du 11 septembre afin d'avancer l'agenda de l'élite des affaires, affirme le Conseil des Canadiens.
La proposition, dévoilée hier soir à Toronto, propose l'harmonisation des politiques en matière de défense, de sécurité, d'immigration et de commerce et l'abandon du contrôle canadien sur ses ressources énergétiques dans un " pacte de sécurité des ressources ".
" Le CCCE exploite les craintes des Canadiens afin de leur donner l'illusion que tout ira bien mieux quand nous serons pleinement intégrés dans la sphère politique et économique des États-Unis ", affirme Maude Barlow, présidente du Conseil des Canadiens. " Comment cela se fera n'est jamais expliqué. Ce que nous avons est une série d'hypothèses qui sont considérés comme des faits par le CCCE. L'intégration profonde qu'il propose n'est rien de moins qu'une acceptation aveugle des politiques américaines pour le Canada ".
" La proposition du CCCE n'est pas de réinventer la frontière. Il s'agit de l'exploitation éhontée de la tragédie du World Trade Centre pour avancer l'agenda de l'élite des affaires. Les présidents d'entreprise n'ont aucun scrupule à jouer la carte du terrorisme afin d'assimiler davantage le Canada dans les États-Unis, sans aucun avantage pour la plupart des Canadiens ".
" Il est ridicule de croire que des politiques communes en matière de défense, de sécurité, de commerce et d'immigration auraient une saveur canadienne avec un voisin qui se trouve à être la dernière superpuissance de la planète. La proposition du CCCE équivaut simplement à faire pression sur le gouvernement fédéral pour qu'il abandonne sa souveraineté dans ces domaines ".
Murray Dobbin, un ancien membre du Conseil d'administration du Conseil et auteur du livre "The Myth of the Good Corporate Citizen", a récemment rédigé un document intitulé "La camisole de force américaine : pouvons-nous survivre à l'assimilation politique et économique par les États-Unis? ", qui prédisait une telle demande de la part de l'élite canadienne des affaires.
" Le CCCE voudrait bien que l'on croit qu'il avance ces proposition pour des raisons de sécurité. Il perçoit les répercussions de la tragédie du World Trade Centre comme une occasion unique de faire progresser son agenda d'intégration profonde avec les États-Unis ", affirme Dobbin. " L'ALÉNA n'est plus suffisante pour contenter notre élite des affaires. Dans leur monde bizarre, le fait de mettre de côté les politiques canadiennes afin de rédiger des politiques nord-américaines avec un voisin dix fois plus imposant est essentiel pour " protéger le Canada contre une perte de souveraineté ".