OTTAWA (ONTARIO)– Deux conclusions claires peuvent être tirées de l’analyse détaillée des variations des niveaux de revenu des familles canadiennes dévoilée ce matin par Statistique Canada : le libre-échange n’a pas conduit les Canadiens vers la terre promise économique et l’écart entre les riches et les pauvres continue de s’élargir.
Le revenu familial médian a à peine augmenté entre 1990 et 2000, passant de 54 560 $ à 55 016 $. Le revenu médian, c’est-à-dire le niveau de revenu où 50 % des revenus lui sont supérieurs et 50% inférieurs, est un meilleur indicateur que le revenu moyen, qui est facilement déformé par de larges revenus gagné par un petit nombre de gens au niveau supérieur des revenus.
« Durant les années 80, on a tenté de nous convaincre que l’ALÉ et l’ALÉNA apporteraient une prospérité économique sans précédent aux Canadiennes et Canadiens. Ces traités ont effectivement apporté la prospérité… à ceux et celles dont nous disions qu’ils en seraient les plus grands bénéficiaires et qui, incidemment, étaient les plus grands partisans du libre-échange », affirme Guy Caron, porte-parole du Conseil des Canadiens.
Ces gagnants des dix dernières années sont facilement identifiables : le revenu moyen des familles se situant parmi les 10 % ayant les plus hauts revenus a augmenté de 14.6%, ou 23 610 $ pour atteindre 185 070 $.
Cependant, le revenu moyen des familles appartenant au groupe des 10 % des revenus les plus faibles n’a, quant à lui, augmenté que de 0,8 %, representant une hausse de 80 $ pour l’ensemble de la décennie pour se situer maintenant à 10 341 $. Pour le décile du milieu, représentant les familles avec revenus se situant entre 45 860 $ et 55 015 $, les avantages du libre-échange ne se sont pas matérialisés puisque leur revenu moyen n’a cru que de 0,3 % ou 167 $ pour atteindre 50 423 $.
Ces statistiques représentent les revenus avant impôts, ajustés pour l’inflation et exprimés en dollars de 2000. La redistribution du revenu national par l’intermédiaire du système fiscal et des transferts sociaux amoindrit l’écart, mais la diminution des transferts gouvernementaux dus aux compressions budgétaires imposées aux programmes sociaux depuis 1995 de même que les réductions d’impôts visant principalement les niveaux supérieurs de revenus réduit l’impact de ces transferts.
« Cette étude représente un exemple de plus contre le mirage de l’effet de diffusion (trickle-down economics) La definition de John Kenneth Galbraith pour l’effet de diffusion est exacte : si l’on fournit suffisamment d’avoine à un cheval, quelques grains tomberont sur la route pour les corneilles », conclut Caron. « Ce cheval est plus nourri que jamais. Il sait simplement mieux empêcher l’avoine de tomber sur cette route ».