Le Conseil des Canadiens
 
   

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AVIS AUX MÉDIAS
POUR DIFFUSION IMMÉDIATE
le 30 mars 2006

Le gouvernement Harper nous a encore montré cette semaine qu’il est complètement déphasé par rapport à la population canadienne.

À Nairobi, les groupes environnementaux ont joint leurs forces à celles des députés de l’opposition et du ministre de l’Environnement du Québec pour montrer au monde que les Canadiens et les Québécois s’opposent à la solution « fabriquée au Canada » du gouvernement Harper en matière de changement climatique. Coincé à essayer de ne pas perdre la face devant la communauté internationale, le gouvernement conservateur ne recueille pas beaucoup de sympathie des Canadiens.

Une enquête Environics a révélé la semaine dernière que l’environnement était le deuxième enjeu le plus important pour les Canadiens, juste après la santé. En revanche, les relations entre le Canada et les États-Unis étaient assez loin dans l’ordre des priorités de la majorité des Canadiens.

Paradoxalement, c’est justement l’ardeur que le gouvernement Harper met à soigner les relations du Canada avec les États-Unis qui nous empêche d’atteindre les cibles de Kyoto. Avec ou sans Kyoto, le Canada ne peut pas appliquer une stratégie efficace de lutte contre le changement climatique à moins que notre gouvernement soit prêt à modifier de façon marquante nos relations avec les États-Unis.

Ce sont les États-Unis qui consomment la majorité de l’énergie canadienne.

Le Canada a cédé une partie importante de son contrôle de l’énergie lorsqu’il a accepté une disposition de partage proportionnel de l’Accord de libre-échange nord-américain. Cette disposition fait en sorte que le Canada n’a pas le droit de réduire ses exportations aux États-Unis, quelque soit l’état de ses réserves d’énergie, à moins de réduire l’énergie destinée aux Canadiens dans une même proportion. Résultat, nous exportons maintenant 70 % de notre pétrole aux États-Unis et nous importons d’autres pays 60 % de ce que nous consommons. Cette entente nous empêche de réduire la production de combustibles fossiles pour le marché américain.

Et voilà que le Partenariat nord-américain pour la sécurité et la prospérité menace de faire encore mieux. Cette entente est en fait la vraie raison de la position du gouvernement conservateur sur le changement climatique. La prétendue stratégie « fabriquée au Canada » du gouvernement conservateur est en réalité fabriquée pour les  États-Unis. L’intégration énergétique est un élément clé du programme d’intégration profonde enchâssé dans le Partenariat nord-américain pour la sécurité et la prospérité signé par le Canada, les États-Unis et le Mexique en mars 2005.

Le Partenariat signé par Bush, Paul Martin et Vicente Fox en mars 2005 recommande entre autres un  « pacte continental des ressources énergétiques et naturelles ». Cela veut dire augmenter l’accès des investisseurs des États-Unis à nos réserves énergétiques en créant un marché intégré – comme le préconisent l’administration Bush et l’industrie énergétique.

À l’occasion d’une rencontre à Boston il y a deux semaines, le ministre des Ressources naturelles Gary Lunn a dit aux représentants de l’industrie énergétique, « Je veux que vous sachiez que le gouvernement du Canada fera tout en son pouvoir pour vous soutenir. » [traduction]

Soutenir l’industrie énergétique des États-Unis signifie que le Canada ne peut pas présenter de mesures avec des dents pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Les sables bitumineux de l’Alberta, une grande source d’émissions de gaz à effet de serre, appartiennent à plus de 50 % à des intérêts américains, et des compagnies comme Exxon Mobil détiennent des parts énormes des projets malheureux de pipeline de gaz naturel de la vallée du MacKenzie et de forage pétrolier en mer dans les Maritimes. Le gigantisme de la propriété américaine du pétrole et du gaz du Canada est ce que les États-Unis appellent la « sécurité énergétique ». 

Pour le Canada,  l’intégration énergétique et le respect de l’accord de Kyoto sont des priorités incompatibles. Ou nous continuons d’intégrer notre politique énergétique à celle des États-Unis pour leur seul bénéfice, ou nous y allons à fond contre les émissions de gaz à effet de serre en créant un vrai plan d’énergie renouvelable « fabriqué au Canada ». Nous ne pouvons pas avoir les deux.

Les enquêtes ont toutes démontré la position des Canadiens  et des Québécois à l’égard de Kyoto. Si Harper a ses priorités à l’envers, c’est parce qu’il a écouté les directives de l’administration Bush et de l’industrie énergétique.

Il est futile de traiter la question du changement climatique sans traiter celle de nos relations avec les États-Unis. Tant que le Canada ne pourra pas créer sa propre stratégie pour maintenir le contrôle de ses ressources énergétiques, nous demeurerons liés par un plan énergétique nord-américain qui servira les intérêts des États-Unis en premier et s’attardera à l’environnement en dernier.

Maude Barlow et la présidente nationale du Conseil des Canadiens et l’auteure de 15 livres incluant Dormir avec l’éléphant : L’avenir du Canada à l’intérieur de la forteresse de l’Amérique du Nord.

       
 

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