Les négociations de l’OMC stagnent
Le directeur général de l’Organisation mondiale du commerce, Pascal Lamy, dit que les négociations du Programme de développement de Doha sont en péril, la réunion des ministres tenue à Genève à la fin juin n’ayant pas dégagé de consensus. Les choses vont en empirant, les ministres s’étant abstenus de négocier cette fois pour simplement réitérer leurs positions. Le ministre indien a quitté la réunion tôt; celui du Brésil a préféré suivre la Coupe du Monde.
Le problème du Programme de Doha, c’est qu’il a été court-circuité par l’ambition américaine. Les États-Unis, le Canada, le Japon, l’UE et quelques autres pays cherchent à obtenir l’accès à de nouveaux marchés pour leurs produits et services et font fi des préoccupations des pays en développement.
Le ministre du Commerce international canadien, David Emerson, a passé beaucoup de temps avec la délégation américaine et a compris que c’était à prendre ou à laisser : ou les États-Unis gagnent l’accès à des marchés importants en Europe et dans les pays en développement pour leurs produits agricoles, leurs services et leurs produits industriels, ou il n’y a pas d’entente. Pas de compromis possible, donc. Par le passé, les pays en développement pouvaient être amenés à accepter de tels termes. Plus maintenant, ce qui explique l’achoppement des négociations.
Le Conseil des Canadiens a toujours perçu cette position comme un problème majeur de ces négociations. Dans une lettre adressée aux 149 ministres de l’OMC, plus de 100 organismes de la société civile, dont le Conseil des Canadiens, ont stipulé que : « Les négociations du Programme de Doha ne peuvent plus bénéficier à la majorité de la population mondiale, tout particulièrement celle des pays en développement pauvres. »
Acculé à la faillite des négociations, Pascal Lamy partira en « navette diplomatique ». Au cours des prochaines semaines, il va parcourir le monde afin de dégager un compromis entre certains des joueurs clés en vue du conseil général de l’OMC à la fin juillet. Il s’agit là d’un moment clé pour l’organisme, mais les positions sont si diamétralement opposées qu’il est difficile de croire que les ministres obtiendront de meilleurs résultats en quelques semaines à peine.
Le temps tire à sa fin pour le Programme de Doha et les scénarios sont peu nombreux : achoppement des négociations, compromis sous la forme d’une version Doha allégée, ou le moins plausible de tous, l’ambition américaine récompensée. La faillite serait le meilleur résultat pour les pays en développement, malgré ce qu’annonceront les ministres et les responsables de l’OMC. Ces négociations se sont à ce point éloignées de leur intention première qu’il est fort douteux que l’on puisse les remettre sur la voie du vrai développement.